Le père Rambaud était en 1920 vicaire de la paroisse Notre-Dame de Bourg et aumônier de la prison de la ville. Il a publié en 1937 les souvenirs de ses relations avec Charles et Lucien, deux détenus condamnés à mort dans son livre « Un bagnard, souvenirs vécus d’un aumônier de prison ». Même si la peine de mort et les travaux forcés ont été supprimés en France, la nature de ses relations pourrait être vécue encore aujourd’hui par les aumôniers.

Un jour, Lucien Didier, un détenu devenu chrétien pratiquant l’interroge : « Serait-ce un péché si l’on réussissait à s’évader sans faire de mal à personne ? »

L’aumônier écrit «Pour une fois, nous aurions préféré ne pas être consultés. Que répondre ? Nous ne pouvons, de quelque manière que ce soit, les encourager à s’échapper : notre rôle d’aumônier s’y oppose, d’autant que la Direction nous fait la plus grande confiance, compte même sur nous pour garder ses prisonniers avec moins de peine ! D’autre part, nous ne pouvons fabriquer de nouveaux péchés ! Les théologiens ne sont-ils pas d’avis que, même après la sentence du juge, portée avec justice, si le condamné n’a plus le droit de résister à la force publique, par contre on ne saurait lui faire un pêché de préparer son évasion, à la condition absolue qu’aucun mauvais traitement ne soit infligé aux gardiens ? Nous répondons en nous tenant dans des généralités. Il ne leur est pas du tout permis de songer à une évasion où l’on risquerait de blesser quelque surveillant ; nous ne leur conseillons pas même une évasion inoffensive, parce qu’ils seront sans doute repris sans tarder et traités alors encore plus sévèrement ; cependant, si jamais elle se produit, nous n’oserons pas la taxer de péché proprement dit ; en toute hypothèse, il y a deux choses dont nous tenons à les assurer : la première, que nous ne pouvons nous prêter si peu que ce soit à un tel projet ; la seconde, que nous ne trahirons jamais rien de ce qu’ils pourront nous confier».
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Ancien bagne des iles du Salut. Choeur de l’église décoré par les bagnards

Ancien braqueur de bijouterie, la peine de mort de Lucien Didier a été commuée en travaux forcés en Guyane par la grâce du Président de la République.

Transféré à la prison centrale de Poissy, puis à celle de  St Martin de Ré, il arrive au bagne de St Laurent du Maroni en janvier 1922. Après une tentative d’évasion, il est transféré plusieurs mois au bagne des Iles du Salut avant de revenir à St Laurent du Maroni.

Il écrit le 9 janvier 1928 au père Rambaud
… »J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Devinez ! Je me suis confessé le jour de mon anniversaire (le 8 juin) et ai communié le lendemain. J’ai regardé cela comme une grâce du bon Dieu.
Mais je vous dirai, mon Père, que le jour de la communion, j’ai été comme froid. Je m’interrogeai et je trouvai que je ne méritais pas que Dieu veuille bien s’abaisser jusqu’à moi, car vraiment je suis un grand pécheur.
Je considère aussi comme une grâce de Notre-Seigneur la maladie dont je suis affligé. Je suis paralysé des deux jambes et du corps, des suites de la maladie de Pott, déviation de la colonne vertébrale et carie de la deuxième vertèbre dorsale : ce qu’on nomme tuberculose.
Ne croyez pas que je suis à plaindre. Non, non, car Notre Seigneur a bien voulu me laisser la tête bonne, et j’ai appris dans ma maladie beaucoup de choses. J’ai appris les bienfaits de Dieu et sa puissance. Il m’a fait apprécier la joie que l’on a à suivre le chemin de la vérité… »

Lucien Didier est mort à l’hôpital de St Laurent du Maroni le 4 août 1928.