Informations sur l'activité de la Fraternité des prisons "Le bon larron"
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Témoignages publiés dans le volume de la revue Carmel consacré à la Miséricorde

La Fraternité du Bon Larron

La Fraternité des prisons Le Bon Larron a été fondée en 1982 par le père Yves Aubry[1] et s’efforce d’aider les personnes incarcérées, par l’amitié et la prière. Elle rassemble aujourd’hui 1500 membres répartis sur toute la France, qui visitent les prisonniers, donnent des cours en prison, accueillent les familles de détenus, mais aussi correspondent régulièrement avec les prisonniers qui en font la demande et hébergent au siège de l’association les personnes qui sortent de prison pour leur permettre de réapprendre la vie sociale. Chaque année un pèlerinage est organisé à Montligeon/Chartres en octobre, ainsi qu’un colloque à Paris. D’anciens détenus sont également invités à donner leur témoignage dans des lycées, des paroisses ou des groupes de prière.

Leur message d’espérance est puisé dans l’Évangile du Bon Larron : un bandit en croix prend la défense du Christ auprès de son co-supplicié ; il le reconnaît comme Dieu et lui demande de ne pas l’oublier quand il sera dans son royaume. Devant cette bonne volonté, le Christ lui promet la vie éternelle : « aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,39-43). De même aujourd’hui, Dieu peut ouvrir à la personne détenue un chemin de paix comme il a ouvert le Ciel au Bon Larron.

La prière emblématique du père Aubry commence ainsi :

« Toi qui as assuré une entrée immédiate dans le Ciel à un bandit condamné à mort, parce qu’en un instant, par amour gratuit, tu en as fait un saint, fais tomber sur moi ce même regard de miséricorde qui fera plonger mes yeux dans les tiens, pour en recevoir ton innocence, ta tendresse, ton amour. »

Vivre la miséricorde au Bon Larron c’est déjà adopter ce regard de Jésus sur le Bon Larron et sur chacun de nous, vis-à-vis de nos frères, surtout s’ils sont rejetés et exclus. Il s’agit d’adopter un regard qui envisage l’autre au lieu de le dévisager, qui lui redonne sa dignité. Nous avons à nous débarrasser des préjugés et des a priori sociaux pour envisager « le paria » comme notre frère et notre égal. Ce regard qui reconsidère la personne sous une autre image que celle qu’inflige la société, qui l’accueille comme une personne digne de confiance, nous le gagnons en coopérant à l’œuvre divine. Le père Aubry écrivait :

« En choisissant de nous ouvrir le plus totalement possible à Dieu, nous Lui permettons de pénétrer en nous et, comme dit saint Jean, d’éclairer notre regard intérieur. »

Aussi la prière reste-t-elle fondamentale, ce « commerce d’amitié » avec Dieu. Fondamentale pour nous qui puisons en elle la force pour accueillir et soutenir notre frère dans la souffrance. Fondamentale pour le prisonnier à qui le père Aubry s’adressait ainsi :

« Savoir qu’Il est là, à l’intérieur de vous-mêmes, Celui qui vous aime, alors que tant de personnes vous ont rejetés : Lui vous aime plus que jamais. « Venez à moi vous qui êtes fatigués, qui ployez sous le fardeau, je vous guérirai, je vous consolerai. » Le Verbe est Dieu. Il est la Parole qui descend en nous, qui nous éclaire, qui nous réchauffe. Ces expériences de Dieu guérissant les cœurs, les envahissant dans leur pauvreté, dans leur misère, fait grandir en moi la conviction que j’ai toujours eue : la Parole de Dieu fait vraiment ce qu’Elle dit. La Parole de Dieu fait apparaître au regard d’un homme détruit, isolé, perdu, qu’il y a Quelqu’un qui l’aime. S’il se met à son écoute, il pourra sortir de sa détresse, il comprendra qu’il n’est plus abandonné, il prendra goût à cette Parole. »

Membres de la Fraternité, nous partageons intensément cette même Foi en la miséricorde divine, une miséricorde qui soigne, qui soulage, qui redonne l’Espérance. Dans toute la France et même ailleurs, des groupes de prières sont constitués et partagent les mêmes intentions au profit de tous ceux qui souffrent par la prison : détenus et familles, victimes et proches, surveillants et membres de l’administration pénitentiaire, personnel soignant et personnel de la justice… Le père Aubry ajoute :

L’idée m’a été donnée de créer un service de correspondants annonceurs de la Parole eux aussi. On nous dit que c’est un manque de respect du détenu que de profiter de sa détresse pour l’engager dans une expérience religieuse. Ces gens-là n’ont pas compris que c’est la rencontre avec Dieu dans sa tendresse qui recrée, pacifie ; car seuls les chrétiens ont un moyen de guérison et de recréation de l’homme détruit dans ses profondeurs psychiques. Ce courrier véhicule dans les deux sens l’Amour de notre Dieu. De profondes amitiés nées de cet échange continuent après la libération du détenu. Les correspondants sont unanimes à dire : ce sont les détenus qui nous évangélisent, pas par le dogme, mais par la fraîcheur, la profondeur, la générosité de leur vie avec Jésus en pleine détention. Leurs intuitions spirituelles sont souvent étonnantes.

Cet échange « gagnant/gagnant » est bien un fruit de la miséricorde divine comblant de joie les deux correspondants. Ce dialogue peut aussi se faire en étant visiteurs, et celui venu pour offrir de sa personne repart souvent comblé lui-même.

La miséricorde au Bon Larron s’expérimente également dans un style de vie qui est d’une grande simplicité. Une chaleureuse convivialité règne toujours aussi bien dans le partage des repas à la maison d’Auffargis où sont accueillis des sortants de prison, que dans les week-ends annuels où tous les membres se retrouvent dans la joie et qui sont souvent l’occasion de très émouvants témoignages d’anciens détenus. Dernièrement ce fut en outre un parent de victime qui bouleversa l’assemblée par son expérience vécue de foi : à l’annonce de la mort de son fils, il ne put spontanément que se mettre à genoux et prier pour la famille du criminel. Sa Foi l’a sauvé du désespoir et de la haine en l’immergeant de miséricorde… Les rencontres faites au hasard de ces week-ends ou des pèlerinages annuels à Montligeon amènent bien des fois des conversions aussi bien d’anciens détenus que d’accompagnateurs. La miséricorde divine est à l’œuvre ! Un membre de la Fraternité le dit volontiers : « j’y ai rencontré les saintes femmes », s’émerveillant du don de soi si authentique et si modeste dont font preuve bien des personnes de la communauté. Expérience qui l’a conduit à un retour à une Foi vivante et non plus tiède et superficielle…

Béatrice

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Un jour, j’ai rencontré un homme qui souffrait : son fils était en prison. Je lui proposai d’écrire à son enfant incarcéré à Fresnes et qui ne voulait plus de contact avec les siens. Je l’ai fait comme tout ce que je faisais à l’époque : par solidarité humaine, par compassion, sans aucune référence à la Foi – que je ne possédais pas. La correspondance à ses débuts n’a pas empêché ce jeune de se suicider. Douleur insoutenable du père. Comme maman, je mesure à quel point cette perte est écrasante. Je comprends mon impuissance à aider cet homme. Je l’invite au week-end annuel du Bon Larron, auquel j’étais moi-même conviée pour témoigner de mon rôle de professeur en prison. Je l’y invite, sans connaître Le Bon Larron ! Une fois sur place, je me sens toujours aussi démunie. Mais j’aperçois un moine que je ne connaissais pas, frère Pierre-Marie, et je ne puis que lui dire : « s’il vous plaît, priez pour ce père qui vient de perdre son enfant ». « Et vous, pourquoi ne priez- vous pas ? », me rétorque-t-il. « Parce que je ne sais pas ! » C’était le début d’un chemin de conversion qui allait me ramener auprès du bon Dieu, un Dieu assez miséricordieux pour faire signe à la petite intellectuelle bien installée dans un agnosticisme aussi conventionnel que confortable. Quelque temps après la Fraternité m’invitait à les accompagner à Paray-le-Monial : je ne connaissais pas plus ! Et j’allais découvrir, avec le même émerveillement que les sortants de prison, la chaleureuse miséricorde vécue dans ce sanctuaire. Je commençais un nouveau cheminement qui allait me conduire à la rentrée au Carmel…

Aude

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Dans notre fraternité, le mot miséricorde est le lien entre nous tous. Écoute, accueil et repas partagés, temps de prière, sources de tant de grâces ! Quant au courrier, ce sont des morceaux de miséricorde dans les deux sens : celui qui envoie la lettre comme celui qui la reçoit. Oui, je peux dire que notre fraternité est un océan de miséricorde, un lieu dans lequel personne ne juge l’autre, reçu comme un frère ou une sœur, à l’image de l’enfant qui revient vers son père ! Regarder la miséricorde du Seigneur, c’est regarder simplement l’amour dans la misère de l’autre, et la transformer en mission de service envers le plus petit. Vivre la miséricorde dans notre fraternité, c’est apprendre à grandir, à développer ensemble des témoins, à la fois de la Miséricorde du Seigneur, et de notre Fraternité. Accompagner vers l’amour de notre Seigneur, plonger toujours plus dans Sa miséricorde, car le Seigneur donne, mais Il nous demande aussi d’être Ses canaux !

Ludovic
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[1] Né à Flers dans l’Orne (61) en 1921, il est ordonné prêtre à Versailles en 1947 et devient en 1981 aumônier de la nouvelle prison de Bois-d’Arcy. En y entrant pour la première fois, il entend résonner en lui : « Tu annonceras ma Parole à temps et à contre temps ». Ces mots constituent l’objectif de la Fraternité qu’il fonde peu de temps après. Il exerce sa mission d’aumônier de la prison durant dix-sept ans et décède à l’âge de quatre-vingt-un ans entouré par d’anciens détenus. Il a publié chez Fayard Prison, terre de métamorphose.

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