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Le chemin de l’imperfection

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La sainteté des pauvres

André Daigneault

  • La sainteté est-elle réservée aux vertueux et aux parfaits? Les pauvres, les pécheurs, avec leurs blessures et à travers leurs chutes, peuvent-ils prétendre à la sainteté?

Dans la parabole des invités aux noces, Dieu veut remplir la salle du festin avec ceux-là mêmes qui vivent le «long des clôtures», les marginaux, les faibles, les alcooliques, les drogués qui reconnaissent leur dépendance et qui s’ouvrent à la miséricorde de Dieu dans l’humilité et dans la vérité.

La seule voie voulue par Jésus pour accéder à son Royaume est la voie de l’enfance, de la descente dans la faiblesse, la voie de la confiance et de l’abandon.

Le saint se reconnaît un pécheur en état de conversion, et ce pécheur, si faible soit-il, est appelé à se reconnaître comme un saint en puissance.

 

15 x 23 cm – 156 p. – 2-89129-361-4
17 euros + port

 

 

(extrait) La voie de la faiblesse

 

(Extrait de Le Chemin de l’imperfection, de André Daigneault, p. 34-36. Copyright Éditions Anne Sigier. Reproduction interdite.)

 

Pour le cheminement chrétien, l’ascension de l’âme n’est pas l’oeuvre d’une poussée du bas vers le haut, mais celle d’un mouvement du Très-Haut vers le bas, que nous devons suivre sur le chemin de la descente.

Ce sont les vrais mystiques et les Pères du désert qui vont nous faire comprendre cette situation paradoxale où la hauteur est atteinte par le creux, et l’exaltation par une descente et un anéantissement dont le nom traditionnel est humilité. Pour la vie mystique chrétienne, le Très-Haut devient le «Très-bas», comme l’écrivait si bien Christian Bobin.

 

«Il ne s’agit pas de gravir une montagne, mais de descendre», nous rappelait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus en parlant de la petite voie de la sainteté des pauvres. Commencer à cheminer sur la voie de la sainteté chrétienne, c’est entrer dans un monde à l’envers. Descendre, s’appauvrir, s’abaisser, voilà des expressions qui vont à l’encontre de la sagesse naturelle.

 

À une novice qui disait à Thérèse de l’Enfant-Jésus: «Quand je pense à tout ce que j’ai à acquérir pour devenir sainte», Thérèse répondit avec une certaine malice amicale: «Dites plutôt à perdre.» «Malheur à vous, dit Jésus, quand tout le monde dira du bien de vous.» Lorsque le cheminement vers la descente commence, on ne dit plus de bien de nous, mais on parle souvent contre nous, on se moque de nos travers, de nos défauts, on voit clairement toutes les fautes que nous ne pouvons plus cacher. C’est la descente dans l’humiliation d’avoir pour ennemis «les gens de sa propre maison». Ce chemin d’appauvrissement nous fait peur, et nous le fuyons d’abord de toutes nos forces, mais c’est le chemin de la descente dans la petite voie de la faiblesse et de la pauvreté du coeur.

 

Nous trouverons le vrai visage de Dieu et de la sainteté, mais ce sera par un autre chemin que celui par lequel nous l’avions cherché. Le chemin large du subtil orgueil, de la suffisance et de la volonté de puissance devra faire place au chemin étroit de l’humilité vraie et de la pauvreté du coeur. Nous nous pensions presque déjà dans la gloire de notre «fausse sainteté», et il nous faut maintenant apprendre à redescendre pour demeurer avec Jésus pauvre et enfant, dans la grotte obscure et humiliante de Bethléem. Les marches de la montée que nous avions gravies par orgueil, nous devons les descendre seuls dans la nuit, dans l’humilité; et comme pour Jésus en son agonie, cela se fera parfois «avec de grands cris et des larmes» (Hé 5,7) au plus profond de notre détresse.

 

 

 

Une échelle à l’envers

 

L’échelle de la sainteté est à l’envers , elle est tournée vers le bas, elle descend toujours plus profond dans les abîmes du rien et de la petitesse. Nous avions peut-être imaginé la perfection sous les traits d’une progression ou d’une montée, mais cette montée, fruit de notre volonté propre, est justement le contraire de la sainteté chrétienne, car elle pourrait subtilement devenir notre montée. Nous pourrions faussement croire que notre générosité et notre bonne volonté sont capables de nous faire saints et oublier le «sans moi vous ne pouvez rien faire» de Jésus.

 

Jamais assez au fond

 

Nous ignorons à quel point nous sommes suffisants et combien l’orgueil spirituel nous amène subtilement à vouloir bâtir nous-mêmes notre propre sainteté.

 

Il nous faut descendre au coeur de la nuit de notre néant pour que vides et appauvris nous commencions à crier comme un pauvre. Il nous faut prendre le chemin de la descente. C’est une heure bénie de notre cheminement spirituel où tous nos appuis humains s’écroulent les uns après les autres.

 

«Nous ne sommes jamais assez au fond, disait le père Molinié, notre prière doit jaillir des profondeurs de notre détresse.»

 

Quel est le chemin qu’a pris Jésus? N’est-ce pas le chemin de la descente ? Il descend toujours. Il descend du Ciel dans la crèche de Bethléem. L’Évangile dit qu’après avoir été retrouvé dans leTemple de Jérusalem Jésus descendit avec Marie et Joseph à Nazareth. Il descend dans l’obscurité et le silence.

 

Analyse du livre « Le chemin de l’imperfection » par Brigitte Douville

publié aux Éditions Anne Sigier, 2000, 154 pages.

 

Le volume qui vous est présenté ce mois-ci vient appuyer les réflexions du mois de septembre . Ces réflexions qui émanent de la Parole dominicale, visaient à susciter un cheminement de foi en Jésus-Christ. Pour nous enrichir de pistes nouvelles et pour en consolider d’autres aussi, Brigitte Douville de notre équipe de lectures vous présente cette semaine : « Le chemin de l’imperfection »

 

« La sainteté est-elle réservée aux vertueux et aux parfaits ? Les pauvres, les pécheurs, avec leurs blessures et à travers leurs chutes, peuvent-ils prétendre à la sainteté ? »

 

Dans son tout dernier livre, « Le chemin de l’imperfection, la sainteté des pauvres », le prêtre André Daigneault s’appuie sur le récit des Évangiles et le témoignages des grandes figures de la spiritualité chrétienne pour proposer une réponse à cette brûlante question. Ce livre « Sur le chemin de l’imperfection », se structure en deux parties : dans un premier temps, l’auteur précise ce qu’est la « descente au coeur de sa pauvreté » (1er) puis, il nous montre que « du profond jaillit la sainteté » (2ème). Mais en fait, à travers chacun des thèmes explorés dans les huit chapitres, l’auteur poursuit l’unique réflexion de la relation infinie entre la « pauvreté de coeur » et la miséricorde divine.

 

Appuyé par de riches citations et truffé de belles pistes de lectures, ce petit livre du père Daigneault se propose de jeter un pont entre les plus « grandes âmes » et les plus « petites âmes ». En effet, dans une belle simplicité et une audacieuse générosité, l’auteur nous partage les plus profonds enseignements de la vie spirituelle. S’appuyant sur les Évangiles et sur le témoignage des saints, l’auteur nous rappelle que le chemin vers Dieu n’est pas une « montée » mais bien plutôt une « descente ». Car ici, nous dit-il en citant Jean de la Croix : « monter, c’est descendre et descendre, c’est monter » ! Et, c’est d’abord à travers le récit du Christ que nous est présentée la descente vers Dieu. « L’Évangile, c’est le monde à l’envers », dit-il ! Le sourd appel de Dieu s’adresse à « tous » et le Chemin est celui de la « pauvreté du coeur », l’« humilité ». Mais attention ! Le terme de la « descente » n’est pas la désespérance mais l’espérance de la « Joie qui demeure ». Ce livre propose donc une redécouverte de la dimension miséricordieuse de la foi au coeur des relations humaines quotidiennes.

 

Les réflexions du Père Daigneault pointent vers un renouvellement de la vie chrétienne : « il faut un vrai renouveau, mais dans la pure tradition des saints, avec une nouvelle fraîcheur, une jeunesse, un esprit d’humilité et d’enfance ». Son point de départ, c’est une lecture des Évangiles en tant que « pédagogie déconcertante » pour notre sagesse naturelle. C’est à partir du vrai visage du Christ, ce Pauvre parmi les pauvres, que l’auteur restaure le sens de la « sainteté », de la « prière », de la « pauvreté de coeur », de l’« Église », du « prêtre ». Le « chemin de la perfection » devient le « chemin de l’imperfection ». La voie étroite est ouverte aux « petites âmes » par la prière la plus simple. Nous sommes donc invités à descendre doucement pour recevoir l’enseignement de l’Esprit au coeur de nos propres faiblesses et à travers les Marie-Madeleine, les blessés de la vie et tous les dit pécheurs de notre temps. C’est par l’humilité que nous trouvons la vraie connaissance de soi et pouvons renaître en Dieu. La Bonne nouvelle pour aujourd’hui est ici redite avec force et clarté : la plus petite des âmes, la plus égarée, est proche de Dieu, la Joie qui demeure est proche de notre pauvreté.

 

Où nous faut-il aller pour accueillir la Présence sanctifiante de Dieu ?

 

Au risque de bousculer nos préjugés les plus tenaces, le père Daigneault affirme que « ce sont les plus pauvres qui sont les plus aptes à recevoir la grâce ». Il montre pourquoi nous ne sommes pas justifiés de voir le chemin vers Dieu comme une « montée héroïque ». Nos conflits intérieurs, notre résistance à la descente dans la pauvreté, sont imagés à partir des figures rencontrées dans les Évangiles. Par ce « chemin de l’imperfection », ici présenté, c’est donc notre quête de Dieu qui est réorientée : l’humilité est un retour « en bas de l’échelle » où l’âme est simplifiée par la gratuité du don d’Amour.

 

Cette logique de l’Amour bouleverse encore et toujours notre sagesse naturelle. C’est pourtant ce même enseignement qui se retrouve chez saint Augustin, Origène, Jean de la Croix, Thérèse d’Avila et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et les autres : ce n’est pas l’âme qui doit « monter », mais bien Dieu qui « descend » relever l’âme dépouillée. Certes, cette voie est difficile : les saints témoignent de la souffrance de la « nuit mystique ». Mais cet accès à Dieu est-il pour autant réservé aux « grandes âmes » ? Ceux qui marchent le long des clôtures, les drogués, les pauvres de tous ordres, ne souffriraient-ils pas Dieu en silence ? Pouvons-nous voir, à travers nos propres déchirures, le même visage du Christ qui demande à être reconnu et reçu ? Cette lecture ne permet rien de moins qu’une appropriation de la voie de la sainteté dont témoignent les mystiques. Il y a un accès à Dieu, une immédiateté possible, pour les plus égarés d’entre nous. Le Christ est descendu pour relever les petites âmes. La sainteté ne peut donc pas être l’apanage d’une élite savante et vertueuse ! Prêtre Daigneault casse l’image lointaine que l’on se fait des saints de Dieu. Le plus pauvre qui se reconnaît pauvre est le plus proche de Dieu. Nous ne sommes jamais trop bas pour que l’Esprit puisse descendre dans notre coeur. Les témoignages des saints nous sont donc présentés ici, en écho aux Évangiles, pour nous montrer la relation infinie entre la pauvreté de coeur et la miséricorde divine.

 

Nous, qui cherchons bien souvent la « béatitude » par nos propres moyens, tout en haut de l’échelle de notre « moi idéalisé », ne sommes nous pas confondus par ce « chemin de l’imperfection » ? Par la lecture de ce livre, nous sommes invités à accueillir Dieu dans nos vies à travers notre « pauvreté », à recevoir l’Esprit même dans la rencontre du plus misérables d’entre nous. Car, comme Thérèse de l’Enfant-Jésus nous l’apprend, « l’Amour ne peut entrer que dans un coeur pauvre, ouvert et disponible ». Déjà, cette sainte avait ouvert « la porte de la sainteté aux plus blessés et aux plus pauvres parmi nous ».

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