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Tous les aumôniers de prison devront se former sur la laïcité et les religions.

Alors qu’il n’y a jamais eu autant de personnes détenues dans les prisons françaises (70.230 au 1er avril), un décret vient de paraître au Journal Officiel pour obliger tous les aumôniers de prison à suivre un temps minimum de formation sur la laïcité et les religions.

Qui sont les aumôniers en prisons  ?

Ils sont une sorte d’anomalie dans notre système de laïcité : la loi de 1905, sur les relations entre l’État et les Églises, interdit tout financement des cultes par l’État. Dès lors, pourquoi l’État financerait-il l’activité de prêtres, pasteurs, rabbins et imams pour les prisons ?

La première raison est historique : l’engagement de la religion catholique dans les prisons est ancien. Il suffit de penser à la figure de Vincent de Paul, le premier prêtre nommé aumônier des galères par le roi. C’est une tradition chrétienne : « j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” est une phrase de l’Évangile, et au nom de cet impératif s’est construit toute une tradition chrétienne de visiter les prisons.

Les liens entre religion et administration pénitentiaire sont donc anciens : jusqu’à une date très récente encore, les prisons de femmes étaient confiées à des religieuses, tout comme le dépôt du palais de Justice pour les femmes.

La seconde raison tient justement à la loi de 1905 : cette loi sépare totalement les Églises de l’État, et donc l’État cesse de les financer, sauf dans les « lieux clos », où les personnes ne peuvent pas sortir pour pratiquer leur foi librement : il est donc du devoir de l’État d’assurer ce « service », prévoit la loi. C’est le cas des prisons, mais aussi des hôpitaux et de l’armée.

Il existe donc depuis 1905, une aumônerie des prisons pour toutes les religions, à savoir les catholiques, mais aussi les protestants et les juifs. Aujourd’hui, on compte 700 aumôniers catholiques, 350 protestants, 270 musulmans, 50 juifs, et 50 orthodoxes.

A quoi servent ces aumôniers ?

Ils ont un rôle important et reconnu d’ailleurs par le personnel pénitencier. Le code de procédure pénale leur donne un certain pouvoir : ils n’ont pas de devoir de réserve, tout prisonnier qui en fait la demande doit pouvoir avoir la visite de l’aumônier, même s’il est en quartier d’isolement ; les aumôniers ont les clés des cellules, et peuvent voir les prisonniers seuls, sans accompagnement. C’est un acte gratuit, qui n’apporte rien au dossier du détenu, et d’ailleurs, l’aumônier ignore tout de son dossier judiciaire.

D’où un rôle à la fois de confident, de confiance, et peut-être d’alerte : quand un détenu est racketté, quand il a une dépression, ou un gros souci d’ordre psychologique, l’aumônier peut l’aider, le signaler…

Le paradoxe, c’est que le taux de pratique religieuse est bien plus élevé en prison qu’en liberté : sans doute un temps où les détenus sont contents d’avoir quelques visites, des discussions, où ils peuvent aussi se confier, besoin spirituel est plus fort.

Les prisons sont obligées de rendre possible l’organisation de célébration du culte une fois par semaine.

Pourquoi l’État a-t-il sorti ce décret qui les oblige à avoir une formation minimum aux principes de laïcité républicaine ?

En réalité, derrière c’est tout le problème des aumôneries musulmanes qui est posé.

Devant l’augmentation de la population carcérale d’origine musulmane, l’État a commencé à donner aussi une enveloppe budgétaire permettant à des aumôniers musulmans d’exercer. Mais il est difficile de trouver des personnes pour le faire, les mosquées ne sont pas organisées du tout comme les paroisses chrétiennes, il manque déjà d’imams en général, et la visite de prison n’est pas prévue dans les obligations de la mosquée, comme elle l’est, d’une certaine manière, pour les pasteurs et les prêtres, qui considèrent que cela fait partie de leur mission. Et les imams qui le font sont souvent très peu préparés à cela.

 

Or, depuis les attentats contre Charlie, l’État a estimé nécessaire d’accroître leur nombre, et de mieux les former, pour lutter contre la radicalisation en prison. D’où cette obligation de passer un diplôme universitaire de formation à la laïcité, de façon à « contrôler » que les imams qui viennent en prison puissent vraiment lutter contre des phénomènes de radicalisation.

Mais il est peu probable que cela suffise, car le problème c’est que le statut (salaire convenable, retraite, sécurité de couverture sociale, etc…) n’est pas suffisant pour permettre à des musulmans de s’y consacrer. Ils n’ont pas, comme les catholiques ou protestants, de structures d’Eglise pour les soutenir, les former, les soutenir et leur assurer un minimum de protection sociale et de revenus.

De plus, le risque avec cette formation, c’est que l’on utilise en quelque sorte ces aumôniers dans un objectif de sécurité intérieure, de déradicalisation, alors que, a priori, les aumôniers sont là pour l’exercice de la pratique religieuse, dans un but « gratuit », et non comme auxiliaire de police pour lutter contre l’extrémisme.

Source : Isabelle de Gaulmyn, chroniqueuse sur France Inter

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