Bruno Lachnitt, aumônier national catholique des prisons françaises

Bruno Lachnitt est le nouvel aumônier national catholique des prisons françaises depuis le 1er septembre 2021. Il avait innové en 2015, accompagnant un groupe de détenus de la prison de Lyon-Corbas sur une longue étape du chemin de St Jacques de Compostelle. On peut lire ici un article de la paroisse lyonnaise de St Maurice qui retrace son parcours de vie.

La religion a toujours été vivante en prison : comme les moines, les prisonniers vivent dans des « cellules » gérées par la pénitentiaire, en référence à l’action traditionnelle de « pénitence » après l’aveu des fautes commises.

 La fonction de l’aumônier, qui distribue l’aumône aux pauvres, existe déjà au VIème siècle : un décret du pape saint Grégoire Ier interdit aux diacres de chanter le solo dans les offices car ils négligeaient de distribuer l’aumône.

Depuis 1174, le terme français « aumônier » désignait un prêtre qui, attaché à une personne de haut rang, étant chargé de distribuer ses aumônes aux pauvres et de célébrer le culte dans sa chapelle particulière.

Ainsi Vincent de Paul a-t-il été nommé « aumônier général des galères royales ». Auparavant, cinq ans après son ordination sacerdotale, Vincent a été fait prisonnier avec d’autres passagers lors d’un voyage en Méditerranée, et emmené à Tunis où il passera 23 mois de captivité et de travaux forcés. Canonisé en 1737, il est invoqué comme patron de toutes les œuvres charitables et des prisonniers.

Garantissant le libre exercice des cultes, la loi française de 1905 séparant l’Eglise et l’Etat a du prévoir le financement de services d’aumônerie dans les lieux fermés (écoles, hôpitaux, casernes, prisons).

La difficulté pour une administration laïque est de s’opposer au prosélytisme tout en respectant la liberté de conscience individuelle d’une population carcérale en évolution rapide.

Après les attentats de janvier 2015 à Paris, le ministère de la Justice a préparé un plan de la lutte contre la radicalisation en prison avec, en particulier, le recrutement de 60 nouveaux aumôniers musulmans qui s’ajouteront aux 181 actuels.

Un décret a été publié en mai 2017 qui impose à tous les aumôniers de prison de faire une formation sur la laïcité et les religions.

Les détenus peuvent solliciter un aumônier de toutes les religions reconnues.

En 2013, sur un total de 1.311 aumôniers de prison, 30% étaient rémunérés et 12% indemnisés avec une indemnité d’environ 200 euros/mois pour couvrir les frais de transport. Les autres aumôniers interviennent comme auxiliaires bénévoles. 51% étaient catholiques, 26% protestants, 12% musulmans, 6% juifs et 2% orthodoxes. Les plus récents sont de confession bouddhiste, hindouiste et témoins de Jehova.

Cependant, de nombreux croyants non-chrétiens ne peuvent pas demander la visite d’un aumônier de leur confession puisqu’il n’y en a pas autant que d’établissements pénitentiaires (191), même si certains aumôniers sont agréés pour intervenir dans plusieurs établissements.

L’aumônier titulaire peut visiter dans sa cellule toute personne détenue qui le sollicite, y compris lorsqu’elle est en cellule disciplinaire.
Pour écouter le témoignage de Stéphane, ex-détenu à la prison de Fleury Mérogis, sur l’importance de cette visite, cliquer ici.

Didier Hascoët témoigne de manière très concrète de sa mission durant 8 ans comme aumônier du Centre pénitentiaire de Toulon-la-Farlède dans son livre « Aimable comme une porte de prison – Confessions d’un aumônier de prison »

Dans la préface à ce livre-témoignage, Vincent Leclair, qui a été aumônier général des prisons de 2009 à 2015 commente : « … celui qui va, au nom de Jésus, envoyé par l’Eglise, à la rencontre fraternelle de ceux qui sont en prison, découvre qu’il n’y vient pas d’abord pour changer l’autre, mais pour le connaître, le reconnaître comme frère, se laisser interroger, se laisser révéler un visage de Dieu, et se trouve lui-même bouleversé intérieurement, transformé, renouvelé. »

Les aumôniers catholiques interviennent dans 188 établissements sur 191. Ils sont proposés par l’évêque du diocèse où est implantée la prison à l’agrément de l’administration pénitentiaire régionale. Ils sont, de ce fait, les représentants et acteurs essentiels de l’Eglise catholique à l’intérieur de la prison.

Les invités par l’aumônier aux célébrations liturgiques au sein de la prison, qu’ils soient séminaristes ou simples laïcs, viennent d’abord partager et apportent leur concours à l’animation des célébrations. Néanmoins, les personnes détenues sont les acteurs des célébrations. C’est l’aumônerie de la prison qui accueille et anime, laissant aux invités la place qu’ils peuvent prendre.

De nombreux évêques marquent leur attention aux personnes en détention en présidant les messes célébrées à Pâques et à Noël. Ainsi en a-t-il été par exemple pour Noël 2017 dans la prison de Poitiers, celle du Port à la Réunion et dans le centre pénitentiaire de Varennes.De son côté, l’évêque secrétaire du pape François a célébré la messe à la prison de Latina, près de Rome. Il a transmis aux détenus le message et la bénédiction apostolique du pape.

Dans leur appel du 19 mars 2014, les évêques de France ont souligné les effets néfastes de l’incarcération et souligné l’intérêt d’une peine alternative à la prison, assortie d’un accompagnement et d’un contrôle de la personne condamnée.

La Fraternité des prisons « Le Bon larron » souhaite qu’en France il y ait un groupe uni par la prière à chaque équipe d’aumônerie catholique  intervenant dans les établissements pénitentiaires.

Lire l’interview du Père Jean-François Penhouetprêtre de la Mission de France, aumônier national des prisons et aumônier de la maison d’arrêt de Fleury-Merogis (Essonne) lors de la formation qu’il a organisée en 2017 pour 85 nouveaux aumôniers sur le thème « Les enjeux de l’aumônerie de prison, les enjeux théologiques et spirituels de la présence d’aumôniers de prison ».

Lire l’article après qu’un aumônier de prisonait été cité comme témoin devant les Assises de Savoie

Lire l’interview du Père Éric Venot-Eiffel, prêtre du diocèse de Paris, ancien aumônier de prison à Caen de 2012 à 2020, répond aux question de l’envoyée spécial du quotidien La Croix.
« En septembre 2012, vous prenez vos fonctions d’aumônier dans cette prison qui rassemble 380 à 400 détenus condamnés pour des affaires de mœurs. Parlez-nous de ces hommes…».
On peut également lire son livre « Derrière les hauts murs », publié en février 2021 par Médiaspaul, 168 p., 16 €
Le père Eric Venot-Eiffel a exercé son ministère d’aumônier pendant 8 ans au sein d’un centre pénitentiaire un peu particulier puisqu’on y trouve principalement des auteurs d’infractions à caractère sexuel. A travers de courts récits dans lesquels il évoque ses rencontres avec des prisonniers, l’auteur s’interroge sur ce dont est faite l’humanité, à commencer par cette fragilité inhérente à l’être humain et qui peut le faire un jour basculer. Même s’il n’oublie pas que ces hommes ont fait du mal à d’autres et laissent derrière eux des victimes, dans ce lieu clos qu’est la prison, l’auteur trouve des frères en humanité.Le talent d Eric Venot-Eiffel est de témoigner tout en douceur comment les détenus lui ont fait percevoir, le plus souvent à leur insu, qu’il est fondamental pour l’homme de savoir pourquoi il vit et respire : porter des projets, se reposer sur un peu de chaleur humaine, être en paix avec lui-même, sentir que l’on compte pour quelques-uns et que quoiqu’il arrive, chacun a sa place sur cette terre. Une place d’où la dignité n’est pas exclue. Un témoignage fort et pudique sur ce qui se passe de l’autre côté du mur de la prison et sur la manière dont les rencontres avec les détenus viennent nourrir la foi d’un aumônier de prison.

Virginie Toulouse, aumônier de prison à la Maison d’arrêt de Caen depuis 2015, a publié en mars 2021 un livre témoignage  « Entre les barreaux, fragments de vies détenues » disponible chez l’éditeur et à la Boutique du Chemin Neuf.

Dans un article publié sur son blog, puis dans les numéros 365 et 366 de la revue du sanctuaire d’Ars, Bruno Lachnitt décrit son expérience d’aumônier catholique depuis 2013 de la maison d’arrêt de Lyon-Corbas et de l’établissement pour mineurs de Meyzieu.

On peut lire également l’interview du père Bernard du Puy-Montbrun, qui a été aumônier durant 44 ans, en particulier de la prison de Muret (Haute-Garonne), sur le thème « Comment faire émerger la conscience du bien et du mal chez des prisonniers marqués par la désorientation morale ? »

Le 25 septembre 2020, à l’initiative de l’Aumônerie apostolique de Rome, un nouveau foyer accueille des détenus sortant de prison  : la structure, baptisée “Ricominciamo” (« Recommençons » en français) pour leur offrir une chance de recommencer à zéro.

En 2020, avec l’aumônerie de la Maison de réclusion “Due Palazzi” de Padoue (Italie). quatorze personnes dont un groupe de détenus, ont médité en 2020 sur le Chemin de Croix de Notre Seigneur Jésus Christ,
Read the English version « Way of the Cross 2020 »

Une initiative intéressante : depuis 2012, l’aumônerie de la prison de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) organise une sortie de cinq jours pour un petit groupe de détenus de longue durée. Pour plus de détails, cliquer ici.

Un ancien aumônier de la prison de Bourg écrit dans ses souvenirs la réponse qu’il a fait à la question d’un condamné chrétien converti :  « Serait-ce un péché si l’on réussissait à s’évader sans faire de mal à personne ? »

Prison de Mahajanga

Depuis 2015, la Fraternité est en contact avec l’Aumônerie de la prison de Mahajanga à Madagascar et soutient ses actions

Le père Manuel Rivero, aumônier de la prison Domenjod à St Denis de la Réunion a fait une présentation des principales interventions du pape François sur les personnes détenues.

Monique Lorrain, religieuse xavière témoigne dans son livre « En prison, j’ai rencontré le Christ » de son expérience au sein de l’équipe d’aumônerie de la prison de Korhogo au nord de la Côte d’Ivoire